300 € par jour, ça paraît beaucoup. Pourtant, une fois les cotisations, les frais et les jours non facturés retirés, il reste environ 3 000 € par mois avant impôt : un bon revenu, mais loin des 6 000 € qu’on imagine en multipliant par 20 jours. Votre TJM (taux journalier moyen) est le prix d’une journée de travail facturée à un client : s’il est trop bas, vous travaillez beaucoup sans vous verser un revenu correct ; s’il est fixé au hasard, vous ne savez pas le défendre face à un client. Voici une méthode simple pour le calculer à partir de ce dont vous avez besoin, avec les chiffres officiels de 2026, puis le comparer au marché.
Le TJM, c’est quoi exactement ?
Le TJM est un prix hors taxes (HT) pour une journée de travail, généralement 7 à 8 heures. Ce n’est pas votre salaire : sur ce montant, vous payez vos cotisations sociales, vos frais (logiciels, matériel, assurance, comptable), vos impôts, et vous financez les jours où vous ne facturez pas : congés, maladie, prospection, administratif, formation.
C’est pour cela qu’un TJM de 300 € ne correspond pas du tout à un salaire de 300 € par jour travaillé. La bonne question n’est pas « combien facturent les autres ? », mais « combien dois-je facturer pour atteindre le revenu que je vise ? ».
Étape 1 : estimer vos jours facturables
Partons du calendrier 2026 :
- 365 jours, dont 104 jours de week-end : il reste 261 jours ouvrés.
- 9 jours fériés tombent en semaine en 2026 (liste officielle sur Service-Public.fr) : il reste 252 jours.
- En prenant 5 semaines de congés (25 jours), comme un salarié : il reste 227 jours.
- Un freelance ne facture pas tout ce temps : prospection, devis, comptabilité, formation, creux entre deux missions. En comptant environ un jour sur cinq pour ces tâches, on arrive à environ 180 jours facturables par an.
180 jours est une hypothèse de travail, pas une règle. En début d’activité, quand il faut beaucoup prospecter, c’est souvent moins. Si vous avez un client principal qui vous occupe toute l’année, ce peut être plus. Adaptez le chiffre à votre situation.
Étape 2 : partir du revenu que vous visez
Prenons un exemple chiffré, en micro-entreprise, pour une activité de prestation de services libérale non réglementée (développement, conseil, design, rédaction…).
- Revenu visé : 3 000 € par mois avant impôt sur le revenu, soit 36 000 € par an.
- Frais professionnels estimés : 4 000 € par an (matériel, logiciels, assurance, comptable, déplacements).
- Cotisations sociales : 25,6 % du chiffre d’affaires en 2026 pour cette activité (taux officiels sur Service Public Entreprendre). Pour une prestation de services commerciale ou artisanale (BIC), le taux est de 21,2 %.
Le chiffre d’affaires nécessaire se calcule ainsi : (revenu visé + frais) ÷ (1 − taux de cotisations) = 40 000 € ÷ 0,744 ≈ 53 760 € par an.
Il suffit ensuite de diviser par le nombre de jours facturables : 53 760 € ÷ 180 jours ≈ 300 € HT par jour.
La formule à retenir
TJM = (revenu annuel visé + frais) ÷ (1 − taux de cotisations) ÷ jours facturables
Dans l’exemple : (36 000 € + 4 000 €) ÷ 0,744 ÷ 180 ≈ 300 € HT par jour.
Et si… ? Le même calcul avec d’autres hypothèses
Mêmes hypothèses que ci-dessus : 4 000 € de frais par an et 25,6 % de cotisations. Seuls le revenu visé et le nombre de jours facturables changent.
| Revenu visé (avant impôt) | Jours facturables | Chiffre d’affaires nécessaire | TJM HT |
|---|---|---|---|
| 2 500 € par mois | 180 | ≈ 45 700 € | ≈ 254 € |
| 3 000 € par mois | 150 | ≈ 53 760 € | ≈ 358 € |
| 3 000 € par mois | 180 | ≈ 53 760 € | ≈ 299 € |
| 3 000 € par mois | 200 | ≈ 53 760 € | ≈ 269 € |
| 4 000 € par mois | 180 | ≈ 69 890 € | ≈ 388 € |
Le nombre de jours facturables pèse autant que le revenu visé : passer de 180 à 150 jours augmente le TJM nécessaire d’environ 60 €. Dans les cinq cas, le chiffre d’affaires dépasse le seuil de franchise de TVA (voir ci-dessous) ; tous restent sous le plafond de la micro-entreprise.
Trois points à vérifier avec ce résultat
- La TVA : avec 53 760 € de chiffre d’affaires, vous dépassez la franchise en base de TVA. Pour les prestations de services et les activités libérales en 2026 (seuils inchangés, selon Service Public Entreprendre) : si votre chiffre d’affaires de l’année dépasse 37 500 € sans dépasser 41 250 €, la TVA s’applique à partir du 1er janvier de l’année suivante ; s’il dépasse 41 250 €, elle s’applique dès le jour du dépassement. Vous devez alors facturer la TVA en plus de votre TJM HT : 300 € HT deviennent 360 € TTC pour le client. Pour un client professionnel qui récupère la TVA, cela ne change rien ; pour un particulier, si.
- Le plafond de la micro-entreprise : 83 600 € de chiffre d’affaires par an pour les services, pour 2026 à 2028 (Service Public Entreprendre). L’exemple reste en dessous.
- L’impôt : les 3 000 € visés sont avant impôt sur le revenu. Si vous optez pour le versement libératoire, sous conditions de revenus, il s’ajoute aux cotisations (le total passe de 25,6 % à 27,8 % pour une activité libérale non réglementée).
Si vos frais sont élevés ou si vous dépassez les seuils, le statut peut changer la donne. Notre article pour bien choisir le statut de sa société compare les options.
Étape 3 : comparer avec le marché
Une fois votre TJM « plancher » calculé, comparez-le aux prix pratiqués dans votre métier. Malt, une plateforme concurrente de BeFreelancr, publie un baromètre des tarifs de ses freelances actifs (baromètre des tarifs Malt). Voici les moyennes publiées :
| Métier (baromètre Malt) | TJM moyen, 0 à 2 ans d’expérience | TJM moyen, profils expérimentés |
|---|---|---|
| Développement (famille tech) | 317 € | 576 € |
| Consultant SEO | 281 € | 498 € |
| Consultant webmarketing | – | 523 € |
| Image et son (vidéo, motion design) | 275 € | 466 € |
| Graphisme et web design | 275 € | 430 € |
| Community manager | 256 € | 406 € |
| Rédacteur web | 236 € | 373 € |
| Traducteur | – | 311 € |
- Si votre TJM calculé est sous le marché : vous avez de la marge pour l’augmenter, surtout si vous avez de l’expérience ou une spécialité.
- S’il est nettement au-dessus : revoyez vos hypothèses (frais, jours facturables), visez des clients qui ont plus de budget, ou spécialisez-vous pour justifier le prix.
Ces moyennes ne valent que pour les freelances présents sur Malt : elles donnent un ordre de grandeur, pas un prix « juste ».
Comment augmenter son TJM
- Spécialisez-vous : un secteur, un type de projet ou une expertise précise justifient un prix plus élevé qu’un profil généraliste.
- Revalorisez chaque année, avec un préavis : prévenez vos clients un à deux mois avant, par exemple pour une hausse au 1er janvier.
- Testez d’abord le nouveau tarif sur les nouveaux clients : c’est plus simple que de renégocier avec un client existant, et cela vous montre si le marché suit.
- Mettez en avant vos résultats : chiffres obtenus, témoignages, études de cas. Un client accepte plus facilement un prix quand il voit ce qu’il y gagne.
TJM ou forfait : comment passer de l’un à l’autre
Beaucoup de clients préfèrent un prix fixe pour un livrable (un logo, un site vitrine, 4 articles) plutôt qu’un nombre de jours. Le TJM reste votre outil de calcul : estimez le nombre de jours réels, retours et échanges compris, multipliez par votre TJM, puis présentez un forfait avec un périmètre clair dans votre devis. Pensez à prévoir ce périmètre dans vos conditions générales de vente.
Qui écrit cet article ? Freelance Skills est le blog de David Lefèvre, cofondateur de BeFreelancr, une plateforme de services freelances. Nous ne sommes donc pas neutres sur le sujet des plateformes : le lien BeFreelancr ci-dessous est un lien affilié (commission possible pour nous, sans surcoût pour vous). Les chiffres réglementaires viennent des sites officiels cités en fin d’article.
Sur une plateforme, intégrez sa commission dans votre prix (notre comparatif des plateformes freelance présente leurs différents modèles). Sur BeFreelancr par exemple, la plateforme facture 100 % de la commande au client et vous lui facturez 60 % du montant HT : pour percevoir 1 200 € HT (4 jours à 300 €), affichez 2 000 € HT. Pour le détail, voyez comment fonctionne la commission BeFreelancr ; et si vous voulez vendre des services packagés (prix, délai et livrables définis), vous pouvez créer vos services sur BeFreelancr (lien affilié).
Les erreurs fréquentes
- Diviser un ancien salaire par 20 jours : on oublie les cotisations, les frais et les jours non facturés.
- Compter 220 jours facturables la première année : c’est rarement réaliste.
- Confondre HT et TTC dans ses devis une fois la franchise de TVA dépassée.
- Ne jamais revoir son TJM : recalculez-le chaque année, quand vos charges, votre expérience ou les taux changent.
- Brader pour décrocher le premier client : il est plus difficile d’augmenter un prix auprès d’un client existant que de partir sur une bonne base.
Questions fréquentes
Le TJM s’entend-il HT ou TTC ?
Toujours HT. Si vous êtes en franchise de TVA, votre facture doit porter la mention « TVA non applicable, art. 293 B du CGI » ; au-delà des seuils, vous ajoutez la TVA à votre TJM.
Quel TJM quand on débute ?
Partez de votre calcul plancher, pas du tarif le plus bas que vous voyez passer. Les moyennes « 0 à 2 ans » du tableau ci-dessus donnent un repère ; si votre calcul est au-dessus, il vaut mieux trouver des clients prêts à payer ce prix que de travailler à perte.
Faut-il afficher son TJM ?
Ce n’est pas obligatoire. Pour des missions longues en régie, le TJM est l’unité habituelle ; pour des projets définis, un forfait est souvent plus lisible pour le client.
En résumé
Partez de vos besoins (revenu visé, frais, jours réellement facturables), pas du prix du marché : le marché sert ensuite à vérifier que votre tarif tient la route. Et recalculez votre TJM chaque année, car vos charges, votre expérience et les taux officiels évoluent.
Pour aller plus loin sur le statut, les premiers clients et les contrats, lisez notre guide Comment devenir freelance (et en vivre).
Sources
- Service Public Entreprendre : cotisations sociales du micro-entrepreneur (taux 2026)
- Service Public Entreprendre : plafonds de chiffre d’affaires 2026-2028 de la micro-entreprise
- Service Public Entreprendre : franchise en base de TVA
- Service-Public.fr : jours fériés
- Urssaf : l’essentiel du statut d’auto-entrepreneur (taux de cotisations 2026)
- Malt : baromètre des tarifs freelances (consulté le 22 octobre 2026)
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